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« VIVRE PLUS SPORT »

Une aventure au coeur du désert...

  Texte : Laurent GALIN - Photos : Laurent Galin / Alban Coutelle

Face à l'aventure.jpg (260173 octets)"J’ai pris la ligne de crête, je les regarde rouler en bas.

Les quads brinqueballent sur la piste en tôle ondulée.

Rouler, ils s’y connaissent… Quatre roues ils savent aussi…

Ils ne disent pas : « ça marche ! », ils disent « ça roule ! ».

 Le retour pour Jérôme, Christian, Noël, Arnaud, Manu, Jacques, Patrick et Gilles. Ils, ce sont Manu, Pat, Nono, Jéjé et Chris.

Ils sont tellement grands qu’on les appelle par des diminutifs.

Ils n’ont pas froid aux yeux ces cinq là, surtout par 45 degrés à l’ombre…

Même qu’il n’y a pas d’ombre, dans ce désert !"


A table dans le sable.jpg (263946 octets)Manuel, Patrick, Noël, Jérôme et Christian sont à l’aise là, malgré la difficulté du parcours, ces jours de confort minimal, ces risques pour leur peau.

Parce que leur peau n’est pas tout à fait comme la nôtre : elle est plus fragile.

Leurs jambes non plus ne sont pas comme les nôtres : elles sont paralysées.

Manuel, Patrick, Noël, Jérôme et Christian sont paraplégiques. Un jour leur moelle épinière a été abîmée quand leur colonne vertébrale a été brisée; ils pensaient que leur vie l’était aussi.

Depuis ils se déplacent habituellement en fauteuil roulant.


« VIVRE PLUS SPORT » est la devise de la section sportive de l’ARTANT (voir encadré).

Il y a plusieurs mois nous avons décidé de remettre le couvert… Deux raids, déjà, à notre actif : des dunes de sable, des pistes poussiéreuses, et à chaque fois l’idée qu’on ne nous y reprendrait pas ! Et puis cette question lancinante : « jusqu’où peut-on aller ? ». Les personnes en situation de difficultés locomotrices peuvent-elles prétendre à des loisirs sportifs comme les gens dits « valides » ? Nous pouvons peut-être participer physiquement à cette réflexion en nous testant sur le terrain. Bien sûr cela comporte des risques, mais en essayant de cadrer tout cela on devrait réussir à les minimiser.

Préparer les commodités.jpg (253469 octets)Alors depuis plusieurs mois ils se préparent, sous l’œil vigilant de Gilles, le préparateur physique, éducateur sportif spécialisé en activités physiques adaptées. Ils s’entraînent à l’Hôpital Henry Gabrielle, un établissement spécialisé en rééducation, près de Lyon. C’est là que travaille Gilles ; c’est là qu’est basée l’association ARTANT, dont le président Jacques nous accompagnera cette fois encore. Gilles et Jacques se sont occupés des contacts, de l’organisation logistique et de l’acheminement du matériel de rééducation que nous laisserons sur place, à l’hôpital d’Atar, puisque la destination, cette fois-ci, c’est la Mauritanie.

Après la Tunisie et le Sénégal nous savons que la préparation doit être rigoureuse d’autant que les conditions sont annoncées difficiles. L’intérêt du quad, grâce à sa stabilité n’est plus à démontrer pour des personnes présentant ce type de difficultés locomotrices.

Kiné dans le désert.jpg (321794 octets)Sur le plan physique un programme a été élaboré, avec une augmentation progressive de la charge de travail musculaire, à raison de deux à trois séances par semaine de musculation et d’activités sportives variées. Sur le plan technique plusieurs entraînements en quad ont été réalisés en alternant des parcours physiques avec des difficultés de franchissement où l’équipe doit montrer sa cohésion.

L’environnement est bien différent : ce n’est pas dans le sable mais dans la boue que nous avons travaillé les passages en glissade, les sorties d’ornières, la négociation de pentes glissantes et bien d’autres difficultés où il a fallu pousser, tirer les quads parfois avec des cordes.

Ils ne peuvent pas utiliser n’importe quel engin : toutes les commandes doivent être regroupées aux mains. Pas de boîte de vitesses, mais un variateur.

L’équipement aussi a été revu. Quand les abdominaux et certains muscles spinaux sont absents il faut bien compenser par des aides techniques ; les jambes ne peuvent pas aider non plus…

ça roule !.jpg (245174 octets)Alors les selles ont été aménagées : une sangle a été réalisée avec un système d’accrochage amovible type Velcro qui permet de stabiliser le bassin sur la selle tout en permettant de désolidariser le pilote de sa machine surtout en cas d’accident, pour qu’il ne soit pas écrasé par l’engin. Manu en fera l’expérience lors d’un tonneau dans les dunes !

Les pieds ne sont pas contrôlés : il faut donc qu’ils restent sur des repose-pieds barrés latéralement pour éviter qu’ils sortent lors des secousses du quad… mais il ne faut pas qu’ils reposent sur un frein à pied !

Les vêtements également ont été modifiés : sur les fonds de pantalons d’enduro certains (les plus lourdement touchés) ont cousu des poches avec un petit coussin gel pour protéger les fesses. Parce qu’un des problèmes, outre la paralysie des jambes que tout le monde peut aisément constater, c’est la perte de sensibilité. Certains diront « où est le problème ? Si ils ne sentent pas, ils n’ont même pas mal… ». Oui, mais en cas de lésion ils ne savent pas qu’ils sont blessés, sauf par quelques signes indirects et c’est trop tard. Si l’escarre s’installe, cela pourra prendre des mois de soins, à l’hôpital, à plat ventre. Il ne faut pas de couture au niveau du périnée pour éviter les brûlures par frottement.

Bivouac.jpg (258744 octets)Pour le reste l’équipement est le même que pour tout quadeur : un casque, un masque qui sera bien utile en raison du sable et de la poussière, une veste, des gants, des bottes qui protégent de la chaleur du moteur, surtout côté échappement. Car là aussi le risque de brûlure existe, qu’on découvre une fois arrivé, au déshabillage : certains en ont déjà fait les frais ; alors on se méfie, d’autant qu’au milieu du désert les conditions de soins ne sont pas celles d’ici ! Lunettes de soleil, poche à eau dans le dos complètent la tenue : il faut protéger les yeux de la lumière crue du soleil et penser à l’hydratation régulière.

 

Dunes désert mauritanie.jpg (319343 octets)L’hydratation ! Nous sommes dans le désert depuis trois jours et la première victime tombe : insolation, déshydratation… Malgré les consignes il n’a pas voulu boire beaucoup plus que d’habitude pour ne pas ralentir le groupe par des sondages trop fréquents. Parce que ça aussi c’est un problème auquel les gens de la rue ne pensent pas : être paraplégique ce n’est pas seulement ne pas pouvoir se servir de ses jambes, c’est aussi avoir une paralysie du système de vidange des urines et des selles. Parfois pour vider les urines il faut passer une sonde pour aller les chercher dans la vessie. Et avec cette chaleur (entre 45 et 50 degrés) elles ne sont pas faciles à utiliser, toutes molles qu’elles sont ! Il faudra une demi-journée de repos en bivouac pour qu’il récupère, en échappant à la perfusion prête dans la caisse de pharmacie. Malgré la pression de l’organisateur, il ne sera pas évacué. Cet épisode servira de leçon mais un peu tard à un deuxième gars qui passera une demi-journée dans un 4X4 avant de se remettre en selle.

Il faut boire, mais l’eau est chaude et elle est écœurante ; pour la maintenir supportable dans les camelback il faut planquer ceux-ci sous la veste (ça les protège du soleil) et mouiller les vêtements (ça les ventile et les rafraîchit quand on roule).

En fin de compte, c’est 10 litres d’eau par jour et par personne que nous avons bu !

Malgré toutes ces précautions ils n’ont pas échappé aux lésions de la peau, probablement à cause de la chaleur, du frottement, du temps passé sur les quads (entre 8 et 11 heures selon les étapes). Quatre sur les cinq ont des rougeurs, pour trois il y a même des cloques avec des zones de peau à vif et pour l’un d’entre eux elles sont si importantes qu’il doit arrêter le pilotage du quad et finir en 4X4. Les soins sont réalisés sous la tente, le soir (ou plutôt la nuit) au bivouac. Le parcours est fait en autonomie complète, avec bivouac tous les soirs. Cela pose des problèmes d’hygiène : il faut préparer une chaise percée pour que les paraplégiques puissent aller à la selle… Il faut aussi installer une douche portative, surtout si la vidange du rectum n’a pas été faite correctement et qu’un « incident » s’est produit pendant la journée du fait de l’agitation sur le quad… Et surtout, surtout, ne pas avoir de diarrhée !!!

En Fauteuil Roulant au bivouac.jpg (301924 octets)Toutes ces installations ne sont pas simples : les lieux imposent une manutention importante. Il faut tirer, pousser les fauteuils roulants dans le sable pour toutes les activités (aller manger ou se coucher, aller aux toilettes), aider les gars à descendre sur les matelas de mousse le soir, à remonter le matin…

Petite blague de Patrick : « Est-ce que tu sais comment on fait pour retrouver un paraplégique dans le désert ? : On retourne le chercher là où on l’a laissé ! ».

Tout cela ne nous empêchera pas de profiter des magnifiques paysages, de la diversité des sites, de cette ambiance si particulière dans le désert, des rencontres aux détours des pistes, ces tentes de nomades au milieu de nulle part… Les dunes, le sable, les pistes caillouteuses, la tôle qui secoue, l’herbe à chameau qui rappelle à l’ordre les esprits vagabonds, les zones trialisantes et les pièges qui s’ouvrent à la dernière minute, les fins d’étape à la nuit tombée, les passes cherchées à la lueur des phares…

J’ai encore retrouvé cet esprit de solidarité, de partage, d’humanité entière qui m’avait tant marqué lors des raids précédents.

Cependant celui-ci a été le plus dur physiquement en raison des conditions techniques (bivouac 6 nuits consécutives) et météorologiques (chaleur importante, en avance par rapport aux températures habituelles de saison).

Heureusement, Arnaud, le kiné, est là tous les soirs, avec sa table, dans le désert… Il nous retape après ces rudes journées.

Nous voulions savoir jusqu’où nous pouvions aller ? Maintenant nous le savons.

Un jour j’ai pris la ligne de crête et je les ai regardés rouler là-bas. Je venais de surfer sur les dunes, m’attaquant à des pentes de plus en plus importantes, le quad glissant doucement sur le sable orangé, en dérive… je sais avoir partagé avec eux cette impression d’intégration à cet immense espace, à cette énergie puissante qui nous transporte et nous donne une idée de grandeur si intense qu’on se croit intouchable.

Jusqu’à ce tonneau… une seconde d’inattention ?

Heureusement, pas de casse, un peu mal au cou et à la hanche… et ce quad renversé que j’ai pu redresser et qui a bien voulu redémarrer.

J’ai alors pensé qu’ils m’appellent « le doc » avec confiance et affection.

Je me suis dit qu’ils pouvaient encore avoir besoin de moi.

Alors je suis redescendu de la ligne de crête et je les ai rejoints.

Le raid « Objectif Quad Mauritanie » s’est déroulé du 24 avril au 1er mai 2005.

ARTANT :

Association pour la Réadaptation et le Traitement des Affections Neurologiques Traumatiques,

association loi 1901, reconnue d’intérêt général

siège social : Hôpital Henry Gabrielle, 20, route de Vourles, BP 57, 69230 SAINT GENIS LAVAL

contacts : Jacques CHAPUS, Gilles BOISSE

Tél : 04 78 86 51 80 - Fax : 04 78 86 50 10 - http://artant.net  

 

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