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« VIVRE PLUS SPORT »Une
aventure au coeur du désert...
Les quads brinqueballent sur la piste en tôle ondulée. Rouler, ils s’y connaissent… Quatre roues ils savent
aussi… Ils ne disent pas : « ça marche ! »,
ils disent « ça roule ! ».
Ils sont tellement grands qu’on les appelle par des
diminutifs. Ils n’ont pas froid aux yeux ces cinq là, surtout par 45
degrés à l’ombre… Même qu’il n’y a pas d’ombre, dans ce désert !
Parce que leur peau n’est pas tout à fait comme la nôtre :
elle est plus fragile. Leurs jambes non plus ne sont pas comme les nôtres :
elles sont paralysées. Manuel, Patrick, Noël, Jérôme et Christian sont paraplégiques.
Un jour leur moelle épinière a été abîmée quand leur colonne vertébrale a
été brisée; ils pensaient que leur vie l’était aussi. Depuis ils se déplacent habituellement en fauteuil roulant. « VIVRE PLUS SPORT » est la devise de la section
sportive de l’ARTANT (voir encadré). Il y a plusieurs mois nous avons décidé de remettre le
couvert… Deux raids, déjà, à notre actif : des dunes de sable, des
pistes poussiéreuses, et à chaque fois l’idée qu’on ne nous y reprendrait
pas ! Et puis cette question lancinante : « jusqu’où
peut-on aller ? ». Les personnes en situation de difficultés
locomotrices peuvent-elles prétendre à des loisirs sportifs comme les gens
dits « valides » ? Nous pouvons peut-être participer
physiquement à cette réflexion en nous testant sur le terrain. Bien sûr cela
comporte des risques, mais en essayant de cadrer tout cela on devrait réussir
à les minimiser.
Après la Tunisie et le Sénégal nous savons que la préparation
doit être rigoureuse d’autant que les conditions sont annoncées difficiles.
L’intérêt du quad, grâce à sa stabilité n’est plus à démontrer pour
des personnes présentant ce type de difficultés locomotrices.
L’environnement est bien différent : ce n’est pas
dans le sable mais dans la boue que nous avons travaillé les passages en
glissade, les sorties d’ornières, la négociation de pentes glissantes et
bien d’autres difficultés où il a fallu pousser, tirer les quads parfois
avec des cordes. Ils ne peuvent pas utiliser n’importe quel engin :
toutes les commandes doivent être regroupées aux mains. Pas de boîte de
vitesses, mais un variateur. L’équipement aussi a été revu. Quand les abdominaux et
certains muscles spinaux sont absents il faut bien compenser par des aides
techniques ; les jambes ne peuvent pas aider non plus…
Les pieds ne sont pas contrôlés : il faut donc
qu’ils restent sur des repose-pieds barrés latéralement pour éviter
qu’ils sortent lors des secousses du quad… mais il ne faut pas qu’ils
reposent sur un frein à pied ! Les vêtements également ont été modifiés : sur les
fonds de pantalons d’enduro certains (les plus lourdement touchés) ont cousu
des poches avec un petit coussin gel pour protéger les fesses. Parce qu’un
des problèmes, outre la paralysie des jambes que tout le monde peut aisément
constater, c’est la perte de sensibilité. Certains diront « où est le
problème ? Si ils ne sentent pas, ils n’ont même pas mal… ».
Oui, mais en cas de lésion ils ne savent pas qu’ils sont blessés, sauf par
quelques signes indirects et c’est trop tard. Si l’escarre s’installe,
cela pourra prendre des mois de soins, à l’hôpital, à plat ventre. Il ne
faut pas de couture au niveau du périnée pour éviter les brûlures par
frottement.
Il faut boire, mais l’eau est chaude et elle est écœurante ;
pour la maintenir supportable dans les camelback il faut planquer ceux-ci sous
la veste (ça les protège du soleil) et mouiller les vêtements (ça les
ventile et les rafraîchit quand on roule). En fin de compte, c’est 10 litres d’eau par jour et par
personne que nous avons bu ! Malgré toutes ces précautions ils n’ont pas échappé aux
lésions de la peau, probablement à cause de la chaleur, du frottement, du
temps passé sur les quads (entre 8 et 11 heures selon les étapes). Quatre sur
les cinq ont des rougeurs, pour trois il y a même des cloques avec des zones de
peau à vif et pour l’un d’entre eux elles sont si importantes qu’il doit
arrêter le pilotage du quad et finir en 4X4. Les soins sont réalisés sous la
tente, le soir (ou plutôt la nuit) au bivouac. Le parcours est fait en
autonomie complète, avec bivouac tous les soirs. Cela pose des problèmes
d’hygiène : il faut préparer une chaise percée pour que les paraplégiques
puissent aller à la selle… Il faut aussi installer une douche portative,
surtout si la vidange du rectum n’a pas été faite correctement et qu’un
« incident » s’est produit pendant la journée du fait de
l’agitation sur le quad… Et surtout, surtout, ne pas avoir de diarrhée !!!
Petite blague de Patrick : « Est-ce que tu sais
comment on fait pour retrouver un paraplégique dans le désert ? : On
retourne le chercher là où on l’a laissé ! ». Tout cela ne nous empêchera pas de profiter des magnifiques
paysages, de la diversité des sites, de cette ambiance si particulière dans le
désert, des rencontres aux détours des pistes, ces tentes de nomades au milieu
de nulle part… Les dunes, le sable, les pistes caillouteuses, la tôle qui
secoue, l’herbe à chameau qui rappelle à l’ordre les esprits vagabonds,
les zones trialisantes et les pièges qui s’ouvrent à la dernière minute,
les fins d’étape à la nuit tombée, les passes cherchées à la lueur des
phares… J’ai encore retrouvé cet esprit de solidarité, de
partage, d’humanité entière qui m’avait tant marqué lors des raids précédents. Cependant celui-ci a été le plus dur physiquement en raison
des conditions techniques (bivouac 6 nuits consécutives) et météorologiques
(chaleur importante, en avance par rapport aux températures habituelles de
saison). Heureusement, Arnaud, le kiné, est là tous les soirs, avec
sa table, dans le désert… Il nous retape après ces rudes journées. Nous voulions savoir jusqu’où nous pouvions aller ?
Maintenant nous le savons. Un jour j’ai pris la ligne de crête et je les ai regardés
rouler là-bas. Je venais de surfer sur les dunes, m’attaquant à des pentes
de plus en plus importantes, le quad glissant doucement sur le sable orangé, en
dérive… je sais avoir partagé avec eux cette impression d’intégration à
cet immense espace, à cette énergie puissante qui nous transporte et nous
donne une idée de grandeur si intense qu’on se croit intouchable. Jusqu’à ce tonneau… une seconde d’inattention ? Heureusement, pas de casse, un peu mal au cou et à la
hanche… et ce quad renversé que j’ai pu redresser et qui a bien voulu
redémarrer. J’ai alors pensé qu’ils m’appellent « le doc »
avec confiance et affection. Je me suis dit qu’ils pouvaient encore avoir besoin de moi. Alors je suis redescendu de la ligne de crête et je les ai
rejoints. Le raid « Objectif Quad Mauritanie » s’est déroulé
du 24 avril au 1er mai 2005.
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