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La CRONIK à Machin 

Avant de démarrer, j’aimerai saluer les nombreux lecteurs de cette chronique. Je suis sensible aux différents messages qui passent sur le forum du JDQ au sujet de notre petit rendez-vous mensuel. Avantage suprême, après un comptage minutieux, il s’avère qu’en cumulant le rédacteur de la présente feuille de choux et ses lecteurs, nous arrivons pile poil au nombre requis pour pouvoir faire une belote. Rendez vous est donc pris !

Vous, je sais pas, mais moi, parmi les choses qui m’agacent le plus dans ce que nous avons importé d’outre Atlantique, figure en bonne place la mode du « politiquement correct ».

Le "Français moyen", improbable et subtil mélange d’orgueil latin, de rigueur teutonne, et d’influences anglo-saxonnes, le tout dans des proportions très diverses qui sont souvent fonction de la région ou il réside (et de la vitesse du vent), semblait être immunisé par sa râlerie congénitale de cette propension à ne plus appeler les choses par leur nom. Vous aurez déjà découvert qu’il n’en est rien, et qu’aujourd’hui, quoi qu’on dise ou qu’on fasse, il convient avant tout de veiller à ne pas froisser une susceptibilité quelconque, qu’elle soit culturelle, religieuse, syndicale, politique, et j’en passe.

Grand benêt de mon état, je pensais que le milieu des quadeurs, composé en majorité de rudes gaillards, amateurs de mécanique, de boue, et se désaltérant uniquement à la bière, fut elle tiède, était une oasis, un havre de franchise et d’honnêteté dans un océan de platitudes convenues, parcouru par l’invincible armada du consensus mou.

Un récent petit accrochage verbal m’a appris qu’il n’en est rien, et que le « politiquement correct » a conquis ses lettres de noblesses également dans le viril milieu du quad (mes excuses en passant pour le qualificatif « viril », qui s’applique si mal à vous, Mesdemoiselles et Mesdames les quadeuses, qui selon l’expression consacrée venez apporter un peu de douceur dans ce monde de brutes … encore que j’en connais quelques unes dont le pilotage en force permet de douter de l’exactitude du dosage hormonal – "mais c’est un autre sujet" :-).

Alors, rien que pour vous, fidèles lecteurs du JDQ, voici quelques expressions usuelles entendues maintes fois lors de randonnées ou de discussions entre potes, remises à la sauce du « politiquement correct ». Je vous conseille d’en profiter, c’est le genre de choses que vous ne lirez pas dans le JDQ, et à fortiori jamais dans cette chronique.

Pour égailler un peu ce texte dont la lecture pourrait endormir les moins endurants, ou les plus fatigués, cédant à la mode du cadeau Bonux, j’ai remplacé les marques commerciales par XXXXX (censuré). En retrouvant les marques en questions, vous pourrez ainsi tester votre connaissance du milieu du quad. Ne me remerciez pas, c’est cadeau,  la maison ne recule devant aucun sacrifice, et n’augmente pas pour autant le prix de vente de ce numéro de la chronique.

Illustration JP COCHET (Attention une partie du site est "pour ADULTES")

Alors, allons y :

  • Ne dites plus "Quoi, tu veux acheter un XXXXX (censuré) ?!? T’es fou, il rouille, ce quad !".  Remplacez dorénavant cette désagréable réflexion sur la qualité des produits dont les concepteurs n’ont pas intenté à l’honneur de votre famille par : « Je te comprends si tu veux acheter ce XXXXXX (censuré). L’interaction entre ses composants métalliques et l’oxygène de l’air lui donne des couleurs chatoyantes, particulièrement seyantes en automne »


  • Ne dites plus « Cette daube cale presque systématiquement en traversant une flaque d’eau, il est vraiment pas conçu pour le tout terrain, ce XXXXX (censuré) « Ouvrez les yeux sur l’aspect sécuritaire de ce comportement qui vous semble anormal, et dites désormais : « Les ingénieurs taïwanais ont racheté à prix d’or un brevet Ouzbèk, pour l’intégrer à cette machine. Cette formidable avancée technologique permet d’éviter définitivement de couler le quad dans une mare dont on aurait mal évalué la profondeur. Ainsi, dès qu’un capteur de dernière génération détecte un taux d’humidité trop important à proximité des pneus, il coupe l’allumage : génial !»


  • Dans le même ordre d’idée, bannissez de votre langage « Et tu trouves normal sur ton XXXXX (censuré) de devoir démonter les étriers pour les nettoyer après être passé dans une flaque de boue ?!? ». Il semble que la sécurité ne soit vraiment pas votre fort si vous n’avez pas détecté par vous même l’amélioration sensible à ce niveau que procure cette manœuvre. Voyez le bon côté des choses, et dites dorénavant « Le freinage est un élément essentiel de la sécurité sur un quad. C’est vraiment génial que les concepteurs ait pensé à intégrer un générateur de grincement sur ce modèle, pour te rappeler qu’il est temps de vérifier si les plaquettes sont toujours à leur place, et si les écrous ne se sont pas desserrés »


  • Un grand classique « Et tu dis que tu prends 115 km/h avec ton XXXXX (censuré) ? N’importe quoi ! » Ne soyez pas si désagréable avec un jeune qui démarre dans l’activité, et dont la virilité se limite pour l’instant à tenter de gagner au jeu de celui qui a la plus grosse (vitesse atteinte par son quad, bien entendu !). Je propose de lui répondre désormais « Il est vrai que tu arrives merveilleusement bien à dompter ce monstre de puissance. Mais sais tu que des personnes peuvent t’aider en te procurant écoute et conseil, si tu veux décrocher du cannabis ? »


  • Sur un sujet qui me tient à cœur «  Jamais un pot d’échappement ne permet de faire gagner 10 CV à un XXXXX (censuré) qui en fait 17 d’origine, même si il est mesuré à 155 décibels en sortie !» Ne vous fâchez pas inutilement avec nos amis grands amateurs de bruit et de fureur mécanique, et dites désormais : « Bien sur que ton quad va marcher super mieux, mais en plus, tu ne risque plus de percuter un animal en forêt !» Par manque de temps et de place, je vous conseille de ne pas disserter alors sur le cas du cerf sourd. D’une part car cet animal souffrant de cette infirmité se révèle en fait fort rare, et d’autre part, vu le public amateur de ce type d’échappement, il y a fort à parier qu’il faille d’abord commencer par lui expliquer ce qu’est un cerf !


  • Une question classique sur les forums : Ne dites plus «  Puisqu’on te dit, bougre d’andouille, que ton XXXXXX (censuré) n’est PAS bridé, pourquoi t’acharnes tu à vouloir le débrider !?! ». Joignez l’utile à l’agréable, faites œuvre de salubrité publique, tout en garnissant votre compte en banque, et surtout faites taire votre femme qui vous dit que votre passion pour le quad coûte cher au ménage, tout en ne lui rapportant rien. Car désormais, vous répondrez : « Cette machine est en fait assez simple à débrider. Il te suffit pour cela d’un kit vario, d’un pot d’échappement qui va bien, de changer le filtre à air, de monter un carbu plus gros, de reprogrammer l’allumage, d’un cylindre traité Nikasil, et d’un piston haute compression. Coup de bol pour toi, je suis justement distributeur de ce type d’équipements ! Pour le prix du kit complet, je peux aussi te vendre un Scrambler neuf, si tu préfères...»


  • Chez votre libraire, ne laissez plus le quadeur devant vous marmonner «  Pouah ! XXXX (censuré), je l’achète pas, c’est un journal à la solde de XXXXX (censuré) ! » Devant cette grave accusation, qui remet en cause à la fois la liberté de la presse et l’indépendance des journalistes, remettez le goujat dans le droit chemin en en hurlant à tue tête « C’est faux, archi faux ! C’est des gens sérieux, chez XXXXX (censuré) » En vous saisissant d’un quotidien quelconque, terminez en gratifiant l’inculte de « Et ce journal, tu crois aussi qu’il est à la solde de quelqu’un ? Ignorant analphabète, va ! » Le quadeur en question sera sans doute stupéfait de votre réaction. Si cette stupéfaction se mue en fou rire, et qu’il faut le faire évacuer par le SAMU, c’est que pour faire votre démonstration, vous vous serez emparé de l’Humanité, ou du Figaro.


  • Sur le sujet de la presse et des "journalistes" toujours, ne dites plus « C’est n’importe quoi ! XXXX (censuré), qui est journaliste dans le mensuel XXXX (censuré) il n’a pas de quad personnel. Pour quelqu’un qui est censé aimer l’activité pour en parler, c’est plutôt louche ». N’oubliez pas que la presse est libre, et que les journalistes sont aussi férocement que forcément indépendants, et dites plutôt «Ce journaliste est super indépendant. Il refuse même d’avoir un quad à lui, histoire de ne pas polluer son intégrité par son opinion personnelle. Ceci dit, je suis heureux pour sa famille qu’il ne bosse pas dans la presse automobile, parce que partir en vacances en train avec deux gosses, même au nom de l’indépendance des journalistes, ça doit faire chier ! » 


  • Une petite dernière, ne dites surtout plus « Un quad n’ayant pas de différentiel, il n’est pas conçu pour se déplacer sur une surface à forte adhérence, comme le macadam. De plus, sa circulation en ville n’apporte pas les avantages du deux roues. Enfin, de surcroît, il est une cible de choix pour les voleurs si vous le laissez alors garé sans surveillance ». Contentez vous de prêcher le contraire, et de reprendre un bon paquet d’actions de chez XXXXX (censuré) …

                                         Machin, "auteur de chronique politiquement incorrecte"

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