Rando en Drôme
Texte et Photos : Evelyne
Un
peu de vent du Sud pour changer.
Mince, le week-end de Pâques ne s’annonce pas dans ses
meilleurs jours mais les prévisions rassurantes d’experts sur le terrain
(dont Jean Luc qui est agriculteur dans la région) nous réconfortent et nous décidons
de déplacer le convoi de 4 quads
et 3 véhicules vers Crest.
Michel, nous reçoit dans une charmante et ancienne maison
de pierres en pleine campagne avec sa compagne Barbara et son fils Enzo. Sans la
connaissance parfaite de notre hôte quant au terrain, nous ne nous serions
jamais aventurés sur ce chemin avec notre évasion et la remorque chargé du
Traxter Max.
Nous
cassons une croûte en faisant amplement connaissance devant un pâté de
campagne maison aux pruneaux et une bouteille de Chignin.
Inutile de parler du sujet de conversation, vous le
connaissez. Mais chacun se demande à quoi ressemble les alentours pour la
simple est bonne raison que nous sommes plongés dans la brume. Il tombe également
une petite pluie fine. Mais rien n’arrête les fans du quad. Tout le monde se
prépare, enfile les pantalons de pluie, les anoraks étanches.
Mon ami et moi enfilons les ponchos de l’armée et plus rien ne nous arrête.
C’est la première fois que je faisais du quad dans le brouillard et pour tout
vous dire, j’ai trouvé là une forme de plaisir que je ne connaissais pas.
La pluie fine et presque tiède caressait les joues avec
douceur. Sur les lèvres aussi, un goût de sel. Puis, après une heure dans ce
climat, je me surprenais encore à laisser vaquer mon imagination toujours aussi
débordante.
Si le bruit du moteur ne m’avait pas interpellée, je ne me serai presque plus
sentie être humain, mais fantôme par delà les collines, suivant d’autres
fantômes qui errent à travers les pistes rendues inquiétantes par les
branches d’arbres à demi camouflées par le ruban blanc ou gris parfois de
brume. Celles-ci semblaient vouloir nous attraper afin de nous happer et de nous
enfouir à jamais dans les fouillis de la garrigue où dans les forêts de chênes
où encore mieux dans la pénombre vert foncé des buis.
J’ai réussi à oublier le bruit du moteur, ce
ronronnement que j’aime pourtant.
Etant passagère et grande rêveuse (ne vous méprenez pas,
même une quadeuse peut être rêveuse et amateur de nature), je n’ai pas
besoin de concentration pour guider la machine dans ce paysage de contes,
c’est pourquoi je me laisse aller à toutes les fantaisies que la pensée
puisse m’offrir. Cet état de léthargie, si on peut l’appeler ainsi dure
tant et si bien que je me décide à reposer les pieds sur terre avant de tomber
sérieusement de l’engin.
Je parle donc avec mon chauffeur en attendant un arrêt
convivial pour papoter entre nous.
Revenus dans la
belle maison de pierres, le soir, nous nous sommes réchauffés auprès du poêle
qui ronfle. Les hommes déjà branchent les ordinateurs. Je suis toujours aussi
admirative devant ce contraste. Le fourneau qui réchauffe le corps et le PC qui
réanime les esprits curieux. Et de nouveau, je rêve. Tout est prétexte au rêve.
Après
une nuit un peu courte, mais bien douillette grâce aux bons soins de nos hôtes,
notre copain Manu nous réveille le lendemain en nous annonçant le soleil.
Effectivement, il est là accompagné de nuages gris où blancs vifs. Et devant
nous s’étale un paysage aussi beau que simple, sans prétention, lavé par
les pluies de la veille, chargé de gouttelettes qui brillent au soleil comme
des diamants bleus. Alors, ce cadeau de la nature nous invite à sa rencontre et
heureux, nous partons tous le sourire aux lèvres.
Jean
Luc, notre charmant guide, qui connaît le moindre recoin de la région nous
fait partager sa joie en parcourant une variété de sites telles que les arbres
cités plus haut. Des coupes de bois dont les piles sont parfaitement alignées
sur des pentes abruptes laissent deviner tout l’amour que ces bûcherons ont
porté à leur besogne. Plus loin, ce sont d’immenses ruines déjà envahies
par les herbes entourées de champs labourés bruns et noirs. En bordure de
cette image, des chemins serpentent, ornés de buis magnifiques. Des sous bois
tapissés de jonquilles nous jettent une pluie de petits soleils et quelques
centaines de violettes s’égarent par ci, par là dans les herbes encore sèches,
à peine sorties de l’hiver.
Comme
d’habitude, j’en ai le souffle coupé. Merci au créateur de ce petit joujou
qui m’offre à nouveau la joie de découvrir ces paysages. Pardon à ceux qui
ne comprennent pas parce qu’ils sont trop égoïstes.
Nous quittons les collines pour longer le Rhône et Jean
Luc nous présente un petit bourbier et un passage sur des troncs. Puis nous
approchons une longue tranchée d’irrigation qui fend les collines. La pente
est impressionnante et nous laissons les plus téméraires les franchir alors
que nous contournons cet obstacle pour les rejoindre plus haut.
C’est
la Drôme, et dans ce panorama, les hommes emprisonnés de leur succès ont été
obligés de construire une centrale nucléaire. Je l’ai trouvée belle,
majestueuse, dangereuse, certes, mais si confortable pour tous les foyers qui
s’éclairent de chaleur grâce à elle. J’ai juste pensé très fort,
qu’il ne fallait pas qu’elle nous abandonne et que l’homme prenne bien
soin d’elle.
Vous allez penser que je suis un peu torturée de l’esprit, certes, mais que
c’est bon de s’imprégner de tant d’émotions.
Au revoir mes amis du quad.
NDLR : un grand merci à
"Cadavéra" et "WH26" pour cette superbe rando... |