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Chronik à machinPar Machin Avant de démarrer une nouvelle chronique, deux communications personnelles : j’aimerai tout d’abord élever une vigoureuse protestation contre la Rédaction, qui se demandait dans le dernier numéro du JDQ : « Pourquoi Machin est il si méchant ? » Je tiens donc à préciser que je ne suis pas méchant, et que je ne l’ai jamais été. Je préviens cordialement la Rédaction que j’ai utilisé les ultimes débris du dernier qui ait osé me qualifier de méchant pour combler quelques ornières trop profondes… En second lieu, je souhaite aussi faire savoir à un certain constructeur ibérique, qui se sentait injustement mis en cause dans le premier numéro de cette chronique, que les hordes de tueurs à gage qu’il a lancé à mes trousses ne m’impressionnent pas le moins du monde, pas plus que les grandes affiches « Reward : Machin » qui ont été placardées chez les concessionnaires de la marque. Non pas que je fasse preuve de témérité, mais les quads de la marque, dont sont dotés les vengeurs, s’entendent arriver de suffisamment loin pour me permettre de me dissimuler, même à la vitesse de l’escargot au galop Vous, je sais pas, mais moi, parmi les choses qui me plaisent le plus dans le quad, c’est les amitiés qu’il aide à faire naître. Je suppose que vous voyez bien de quoi je parle : les discussions interminables entre passionnés, les arsouilles sympas, les pauses casse-croûte qui s’éternisent, et les randos dont on reparle encore 6 mois après. Mais peut on pour autant tout accepter par amitié ? Telle était la question qui me taraudait, tandis que j’essayais la semaine passée dans une grande surface de jardinage de me dissimuler, plutôt maladroitement il faut dire, derrière une débroussailleuse … Flashback quelques jours plus tôt, quand un copain m’appelle, pour me prévenir qu’il aurait besoin de mes conseils … pour s’acheter un quad. Immense étonnement de ma part : lui qui était toujours le chantre de la course à pied, l’apôtre du marathon, le Mozart du 400 mètres haies, le voilà donc qui se convertit à l’utilisation de ce qu’il qualifiait jusqu’alors de « machine puante » (Sur ce dernier détail olfactif, l’ami en question est un expert reconnu par toutes les Cours d’Appel de France et d’Europe , étant possesseur et utilisateur d’une antédiluvienne Renault 21 Nevada, dont la caractéristique première est qu’elle consomme autant d’huile que d’essence. Essayez de faire tourner un moteur 4 temps avec du mélange dosé à 50 %, et vous aurez une vague idée du nuage nauséabond qui signale le déplacement de son véhicule). Pas le temps de discuter au téléphone pour aucun de nous deux, rendez vous est pris pour le samedi suivant sur un parking d’une zone commerciale. Le jour en question arrivé, je dois avouer qu’une certaine excitation s’était emparée de moi : diantre, j’avais quand même réussi à convertir un détracteur putatif en nouveau pratiquant de mon loisir préféré ! Je me voyais déjà détailler ce haut fait de gloire à la bande de potes qui m’accompagnent d’ordinaire en randonnées. D’ailleurs, je me disais qu’autant que possible, il faudrait convaincre le nouveau pratiquant de prendre un 4x4, pour qu’il n’ait pas de difficultés à nous suivre. Une machine fiable aussi, pour ne pas le dégoûter rapidement, lui que je n’imagine pas le moins du monde passer quelques heures à mécaniquer au retour d’une sortie, voire au bord du chemin. Un Yam 450 IRS, ça serait parfait, mais peut être un peu trop gros pour un parfait néophyte ? J’en étais là de mes réflexions, quand le pote surgit de sa voiture : il m’attendait, et il a l’air tout énervé, qu’on en dirait une puce en manque de chien. A peine le temps de le congratuler pour sa conversion, et le voilà qu’il m’entraîne par la manche dans le magasin de jardinage devant lequel nous nous étions retrouvé (Il faudra d’ailleurs que je lui signale à l’occasion qu’il évite de me prendre par la main comme ça, surtout en public…). Moi qui pensais qu’il était pressé d’entendre mes conseils, première déception : il a sans doute une nouvelle lame de tondeuse à acheter avant que je ne lui prodigue mes précieux conseils. Une fois à l’intérieur, il me lâche, mais j’en suis réduit à trottiner derrière lui, qui cavale entre les rayons à la recherche de je ne sais quoi (il faudra d’ailleurs que je lui signale à l’occasion que passé un certain âge, on ne court plus dans les rayons du supermarché, sauf si le vigile est derrière vous, qu’il fait 30 kilos de plus que vous, et que vous venez de manquer de respect à sa mère). Et voilà que je percute le sprinter, qui en plus d’une bonne foulée, est doté d’un système de freinage performant ! Tel le chien de chasse à l’arrêt devant le cadavre d’une bestiole que son estimé maître aura amoureusement dézingué, mon copain a stoppé net, et je suis obligé de le contourner pour découvrir l’objet qui a provoqué l’arrêt d’urgence du convoi. Il y a des jours, comme ça, où on se rend compte dans un éclair qu’on aurait mieux fait de ne pas se lever. Des fois, la galère va même vous faire penser que vous seriez mieux au boulot que dans l’instant présent. Pour moi, ce jour là, j’en étais à me dire que j’aurai mieux fait d’aller prendre le café chez ma belle mère… Rage, désespoir, et puis finalement abattement se sont succédés en moins d’une seconde, quand j’ai vu l’objet : il m’a fallu encore quelques instants pour que les mots que formaient la bouche de celui qui se voulait être mon pote réussissent à passer le seuil de mon cerveau : « … et puis tu sais, ils disent bien dans la pub qu’en plus de rouler en ville, on peut aussi s’en servir pour aller dans les chemins … Remarque bien que moi je m’en fout, c’est juste pour aller au boulot … et pis t’as vu, y a des super pneus route dessus … » Groggy, j’ai finalement réussi à articuler quelques syllabes, qui sont devenus presque intelligibles, et dans un dernier sursaut d’orgueil, j’ai tenté quelques arguments : l’usage tout terrain originel, l’absence de différentiel, le nez dans les échappements, l’impossibilité de se garer sans se le faire voler, tous les arguments habituels (que toi, fidèle lecteur du JDQ, tu connais par cœur et que tu récites avant d’aller te coucher) y sont passés. J’en étais à me demander si je n’allais pas plutôt menacer de m’en prendre à sa sœur, pour le dissuader d’aller au bout de son funeste projet, quand je suis passé brutalement du stade « copieusement énervé », a « complètement terrorisé ». Le cauchemar ultime était en train de se réaliser : au bout du magasin venait d’apparaître « Le Bûcheron ». Un jour, je vous en parlerai un peu plus en détail, mais pour planter le personnage, il suffit de préciser que l’animal en question dépasse le commun des mortels de deux têtes, qu’il explose allègrement le quintal sur la balance, et qu’il est doté d’une abondante pilosité faciale, qui a du être une barbe avant de devenir cet avatar de la forêt amazonienne qui lui couvre maintenant la plus grande partie du visage (et dans laquelle le jeu habituel consiste à deviner ses menus de la semaine précédente, en en observant les restes ). L’ogre en question roule en sportsman 800, qu’il trouve « un peu juste en puissance », considère qu’un bourbier qui ne fait pas au moins 100 mètres de long et 1,50 mètres de profondeur est une « flaque à tapette », et que tous les pneus qui ne sont pas des Mudzilla sont des « profil routier ». Si il me voit à côté d’un quad urbain, même en compagnie de celui qui a été notre copain de classe commun il y a plus de 20 ans, je suis un homme mort: Je m’imagine déjà condamné à payer l’apéro jusqu’à la fin de mes jours, et à me voir affublé d’un sobriquet quelconque qui me vaudra les rires moqueurs de mes propres enfants. Pour sur, ce sera une chance si il ne tente pas de me noyer dans une mare de vase, histoire de me laver de mes fautes, selon les rites dont il a le secret. Et bien sur, malgré mon habile bond derrière une débroussailleuse, qui ne me fournit qu’un piètre camouflage, il a du me voir car il se dirige vers nous d’un pas décidé. C’est sur, je vais déguster ! J’imagines un instant me planquer en dessous d’une tondeuse autoportée, mais je renonce immédiatement à mon projet : je le connais, si il me découvre là, c’est certain, il va tenter de démarrer le moteur … J’ai trouvé : je vais nier en bloc, dire que je suis là pour acheter une bougie pour ma tronçonneuse, et improviser ensuite : ma mauvaise foi légendaire devrait pouvoir me tirer de là. Mais stupeur, la journée n’avait pas fini de m’apporter son lot de surprises … J’approche (avec précaution) Le Bûcheron, qui s’est arrêté et discute avec le néo quadeur potentiel : je comprends très vite qu’il a été convié comme moi à venir donner son avis sur l’obscur objet du désir de notre ami. Et au lieu de la claque magistrale dont je pensais le voir gratifier notre pote, voilà que je l’entends expliquer que l’engin « est pas terrible pour aller se promener dans les bois », mais bon « si c’est ça qui t’intéresse, il est pas pire qu’un autre ». Je reste quelque peu abasourdi par les propos que je crois discerner, et je me demande même si Shreck ne nous avait pas caché une consommation inquiétante de produits illicites. Je reste perdu dans mes pensées, et ne fait qu’observer la scène, oscillant entre l’impression d’être dans un rêve, et celle de nager en plein cauchemar. Quelques minutes après, un quadeur urbain de plus est à compter sur les tablettes des directeurs du marketing d’anciens vendeurs de mobylettes. Le mot de la fin revient au Bûcheron, qui me glisse : - Tu sais, ça m’a fait mal de raconter toutes ces conneries, et de le voir acheter cette merde… mais c’est un pote depuis qu’on est touts petit, et on va quand même pas se fâcher avec lui si il a pas le même quad que nous, hein ?… Et puis, dans un mois, il en aura marre de son playmobil, et on arrivera peut être à l’attirer au quad, non ? Il n’a peut être pas tort, qui sait ? |
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