« Un 6x6 dans la neige »
Les 17 / 18 Janvier 2004
Texte et Photos : Etienne Manzoni
Quand on parle de quad, on pense généralement à des engins
à 4 roues (en 4x2 ou 4x4, sport, loisir ou utilitaire) qui représentent, il
est vrai, la majorité des machines du marché. Il existe aussi des
machines plus imposante telles les mules / ranger / rhino … ou encore les
6x6 : c’est d’une telle machine dont je vais vous parler ici, mais pas
dans sa configuration standard : avec un kit chenilles équipant les 2
essieux arrières.
Ce type de machine n’est pas très courant car son
utilisation correspond à des besoins particuliers. Dans notre cas, ce quad est
utilisé pour faire le trajet entre le foyer de ski nordique du Barioz (1450 m d’altitude,
sur la commune de St Pierre d’Allevard dans le massif de Belledonne, non loin
de Grenoble, en Isère) et le refuge du Crêt du Poulet situé à 1726 m d’altitude,
sur un plateau.
Ce refuge est ouvert tout l’été, mais l’hiver
uniquement les week-end et pendant les vacances scolaires : en effet
pendant la « saison froide » ce sont des bénévoles qui assurent
son fonctionnement (bénévoles dont j’ai la chance de faire partie…). L’accès
routier n’est assuré que jusqu’au foyer de fond : ensuite il faut
chausser skis de randonnée, raquettes, ou skis de fond (alternatif ou skating).
Le foyer dispose d’une dameuse
pour entretenir les pistes de fond (50 km de piste de ski alternatif et skating
entre 1450 et 1950 m d’altitude) et faire les « traces ».
Une motoneige ne sert que
pour les secours. Le BigBoss (un 'vieux' modèle !) lui, est exclusivement utilisé pour
ravitailler le refuge (alimentation, produits divers, …) et pour transporter
les affaires (vêtements, duvets,…) des bénévoles. Malheureusement la benne
du BigBoss n’est pas assez grande : c’est
pourquoi un traîneau a été confectionné pour être tracté, avec ainsi une capacité de
chargement augmentée.
La première impression lorsque l’on découvre la machine, c’est
qu’elle est imposante (même pour moi, habitué à mon Artic Cat 300 4x4 qui n’est
pas spécialement un petit gabarit), par sa longueur et sa hauteur (la benne
donne cette impression). Le kit chenille ajoute un coté « utilitaire
passe-partout » qui ne laisse pas indifférent.
Ce qui peut néanmoins surprendre lorsque l’on observe de
plus prêt, c’est la transmission arrière : par chaîne entre le bloc
moteur et le premier essieu arrière, et une reprise par chaîne entre le
premier et le second essieu arrière. On pourrait, en effet, s’attendre à un
cardan mais il semble que Polaris soit arrivé assez tard (par rapport à d’autres
constructeurs) à cette technologie. Il est à noté que la transmission avant est aussi par
chaîne !
On remarque aussi un amortisseur central sur chaque essieu
arrière ce qui autorise le passage dans des endroits « assez
chauds » : je n’ai pu essayer la machine que sur la neige et sur du
plat ou en pente légère.
Venons-en à la conduite du 6x6 : démarrage impeccable
(avec une commande de starter très pratique,
mais ne pas oublier d’ouvrir l’essence…).
Le moteur 400cc tourne bien et fait un bruit
« sérieux ». (le levier de sélection est à droite avec les
positions Arrière, Neutre, Grande et Petite vitesse). Attention : il est impératif de passer les gammes
au ralenti uniquement ! Sinon les pignons « crient » pour vous
rappeler votre oubli. Coté réservoir : pas de jauge !
Après un petite marche arrière pour sortir la machine de
son garage, la mettre sur la piste et atteler son traîneau, on s’aperçoit très vite que la machine est lourde
et qu’il faut avoir des bras
« costauds » pour tenir le guidon (je béni alors mon entraînement
avec l’AC300 qui n’est pas très souple non plus !). On emmène ensuite le BigBoss sur le
parking, prés des véhicules, pour charger le matériel (dont mes skis de fond)
et le ravitaillement pour le refuge. Et c’est parti pour la montée vers le
refuge en suivant la piste de ski de fond (dénivelé de 276 mètres sur 5 km).
Suite aux chutes de neige de la nuit précédente, la piste est fraîchement
damée mais déjà en cours de recouvrement par une petite neige ronde qui ne
cesse de tomber…
Je commence doucement pour me « faire la main »
en gamme courte (car la piste commence par un « raidillon »
sympa : courageux les fondeurs !) Je sens rapidement un certain
patinage des chenilles sur la neige (pas assez tassée !) et je découvre
aussi qu’un virage serré est impossible : le train de chenille poussant
avec fermeté la machine droit devant.
Les premières centaines de mètres m’apprennent aussi que
l’accélération est à utiliser avec souplesse, sinon la machine se met très
facilement à patiner (mais ne s’arrête pas pour autant !) et devient
délicate à manœuvrer. De même sortir de la piste damée montre vitre les
limites de la machines dans la neige, fraîche et légère (20 cm de
poudreuse). J’ai compris bien plus tard la raison des difficultés
rencontrées !
Le problème principal dans cette situation est que la
direction est presque inexistante… il faut donc éventuellement utiliser la
marche arrière mais c’est très délicat avec le traîneau attelé qui se met
systématiquement en travers : le timon du traîneau est trop court rendant
difficiles manœuvres en marche arrière, et plus embêtant encore le timon en V
vient buter contre les chenilles (au risque de les dégrader).
Maintenant que la montée se passe relativement bien (pas
encore atteint le 1er virage !), je décide un petit arrêt
photos (faut penser un peu au JDQ ! Le redémarrage en douceur se passe sans problème et j’arrive rapidement au
premier virage : vues les « faiblesses » découvertes
précédemment, j’ai décidé de prendre un virage très large pour ne pas
avoir de problèmes ni avec la direction, ni avec le traîneau.
Le problème c’est que seul l’intérieur du virage est
damé et j’ai compris trop tard mon erreur quand le quad refuse de virer
malgré les roues braquées au maximum, qu’il commence à patiner quand je
mets les gaz et que la marche arrière est impossible à cause du traîneau…(mais
qu’est ce que je suis venir foutre dans cette galère que j’me
disais !).
»Bravo mon gars ! déjà planté au bout d’1/4 d’heure…t’es
sur que t’es fait pour le quad ? ».
Mais j’en ai vu d’autres, je suis Savoyard et je ne peux
pas rester planter là comme un c.. : y m’attendent au refuge !.
Et là j’aperçoit un courageux fondeur qui m’observe,
apparemment un peu sceptique… je lui demande son aide et sa réponse :
«j’aime pas bien les moto-neiges… »,
et de répondre à mon tour « moi non plus, mais c’est
le ravitaillement du refuge… !!!
Il m’aide donc gentiment à déplacer le traîneau pour le
remettre dans la direction de sortie du virage… désolé, un peu stressé je n’ai
pas pensé à sortir mon APN pour une petite photo (y faudrait toujours être
deux sur les reportages !)
Après quelques manœuvres avant-arrière, un peu de patinage
et une belles trace dans la neige, j’arrive enfin à me sortir de la poudreuse
et raccrocher les roues puis les chenilles sur la piste damée : une bonne
sueur et un apprentissage que je n’oublierais pas de sitôt.
La suite du parcours et les 5 virages suivants ont été
abordée avec prudence (mais plus sereinement) et un seul mot d’ordre : RESTER
SUR LA PISTE DAMEE. Je devais aussi faire attention à ne pas endommager les
traces faites par la dameuse pour les ski de fond et c’était parfois limite…
mais j’ai réussi. Après l’arrivée au refuge et le déchargement du BigBos
et du traîneau, on dételle le traîneau et on range le quad dans une petite
cabane qui abrite aussi le groupe électrogène pour les nocturnes…
Il a neigé tout le week-end et je n’ai pu faire qu’une
boucle de 3,5 km en ski de fond avec les enfants (nous étions 2 couples avec
nos 7 enfants âgés de 3 à 12 ans : ils sont montés au refuge en ski de
fond ou en raquettes). Le reste du temps était consacré à nos client
randonneurs : préparer les repas, mettre du bois dans les 2 poêles qui
chauffent le refuge, faire et servir les boissons chaudes (chocolat, thé, café
et vin chaud, ma spécialité : 10 litres passés dans le week-end !),
accueil des personnes au gîte (il y a 23 places dans le dortoir).
A la fin du week-end, retour au foyer avec le quad et son
traîneau. Là les choses furent carrément plus compliquées : neige
fraîche, brouillard épais et quasiment de nuit, pratiquement impossible de
suivre les pistes : un enfer…Je vous passe les détails du retour,
mais j’étais bien heureux de retrouver le foyer de fond et nos voitures sous
50cm de neige…
Comme je n’aime pas rester sur une défaite, le week-end
suivant je me proposais de faire à nouveau le voyage en quad pour monter au
refuge. Mais cette fois-ci le temps était dégagé, la piste parfaitement
damée et j’avais une co-équipière pour me venir en aide si nécessaire.
Même scénario que le week-end précédent, impossible de prendre le premier
virage ! et c’est alors que l’IDEE m’est venue : le quad
serait, comme qui dirait, un peu trop chargé à l’arrière (charge dans la
benne mais aussi attelage du traîneau) empêchant les roues avant d’accrocher
correctement… Ma co-équipière s’installe donc sur le porte bagage avant et
le virage est passé comme un lettre à la poste (quoique, en ce moment…).
Voilà j’avais la solution à notre problème : inutile de vous dire que
le reste du parcours fut une simple formalité...
Arrivé au refuge, j’ai rangé la bête dans « l’étable »
et je suis tranquillement redescendu en ski de fond, content d’avoir
découvert ce qui rendait « impilotable » la machine.
Conclusion : une expérience enrichissante et
rare, sur une machine hors du commun. C’est parfois dur les reportages pour le
JDQ…
Les chenilles n’avaient pas des crampons très importants, ce
qui rendait difficile aussi le déplacement dans la neige, mais cela permet en
contre-partie de rouler aussi sur tout-terrain avec les même chenilles.
Foyer Communal de Ski Nordique du Barioz
38830 Saint Pierre d’Allevard
Tél : 04 76 71 06 47 (réservations et Renseignements)
Commune de Saint Pierre d’Allevard : www.mairie-saint-pierre-dallevard.fr
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